Vêlage précoce : mettre tous les atouts de son côté en pré-sevrage pour y parvenir (1/2)
Au programme de ce deuxième webinaire consacré à l’élevage de la génisse :
- soins aux nouveau‑nés
- gestion du pré‑sevrage
- hygiène et recommandations pratiques pour sécuriser le démarrage des veaux après le vêlage.
L’accent est mis sur les tout premiers jours de vie du veau, période où les problèmes sanitaires apparaissent le plus souvent.
Recommandations pour les premiers jours de vie du veau
Un bon départ commence dès la sortie du veau. Les microbes de l’environnement peuvent contaminer rapidement le nouveau‑né, il est recommandé :
- de disposer d’une aire de vêlage dédiée (idéalement 4 × 5 m)
- de la pailler abondamment (20–30 kg)
- de la nettoyer / désinfecter régulièrement (au minimum tous les 5 vêlages, ou au moins mensuellement en périodes calmes).
- d’éviter de faire vêler au milieu du lot.
Il faut intervenir autant que nécessaire mais le moins possible. Tant que la poche des eaux n’est pas rompue, il n’y a pas d’urgence.

Si intervention il y a, opérateur et matériel doivent être propres et dédiés : gants, tenue réservée, cordes et instruments désinfectés avant et après usage.
La mise en place d’un protocole écrit permet l’uniformité des pratiques entre opérateurs (pesée, bouclage, vaccination si nécessaire, etc.).
Soins du cordon et immunité
Le soin du cordon ombilical doit être réalisé rapidement : trempage à l’iode plutôt qu’aérosol, contrôle d’éventuelles anomalies (hernie, urines anormales). Vérifiez la miction normale du veau.
Chez les bovins, le placenta n’assure pas le transfert d’anticorps au fœtus : le veau naît sans immunité et dépend du colostrum pour obtenir des anticorps (immunité locale puis générale).
Le colostrum fournit aussi énergie, facteurs de croissance et hormones ; il favorise le démarrage métabolique et la maturation intestinale.
Le risque maximal pour le veau se situe lorsque les anticorps maternels diminuent et que l’immunité du veau n’est pas encore construite. Deux leviers réduisent ce risque :
- augmenter la fourniture d’un colostrum de qualité et en quantité suffisante
- réduire la pression infectieuse par l’hygiène.
Agir simultanément sur ces deux axes est optimal.
La règle des « 5 Q »
La règle des « 5 Q » (en anglais) pour le colostrum est essentielle : qualité, quantité, délai, propreté et quantification.

- Qualité : le colostrum doit contenir au moins 50 g d’immunoglobulines (IgG) par litre (réfractomètre ≈ ≥23 % Brix correspond à ≈50 g/L).
- Quantité : administrer au moins 10 % du poids vif au premier repas (≈ 4 L pour un veau de 40 kg) — 3–4 L est l’optimum pratique.
- Délai : donner le colostrum dans les 2 heures suivant la naissance si possible (maximum 6 h si vêlage de nuit).
- Propreté : viser des colostrums propres (≤ 100 000 UFC/mL recommandé) — hygiène de collecte et matériel irréprochable.
- Quantification : mesurer la qualité du colostrum (réfractomètre) et, si possible, contrôler le transfert d’immunité dans le sang du veau (prélèvement entre 2–3 jours recommandé).
La part d’IgG absorbée dans le sang est limitée : même en conditions idéales, environ 25–35 % des IgG ingérées passent dans la circulation.
Avec l’hypothèse de 30 % d’absorption, 4 L d’un colostrum à 50 g/L conduisent à ≈12–15 g/L dans le sang — seuil minimum protecteur (≈15 g/L sérique). Au‑delà de 4–5 L, le veau peut manifester de l’inconfort gastrique sans gain net d’absorption ; 3–4 L constitue l’optimum.
Un deuxième apport (2 L) à ~12 h peut améliorer la concentration finale en IgG et la protection.
Mesurez la qualité avec un réfractomètre (Brix). Les tests « colostrum‑bol » donnent une fourchette qualitative ; le réfractomètre fournit une valeur chiffrée.
Si une vache a un colostrum insuffisant (<50 g/L), utilisez un colostrum stocké de haute qualité (colostrum « banké ») – congeler en volumes pratiques (sachets zip ou petits glaçons) pour une décongélation rapide.

Conservation du colostrum
Réfrigérérer < 48 h ; congeler pour un stockage long (changer le stock tous les 6 mois pour tenir compte des germes locaux).
Préférer des sachets ou glaçons pour réduire le temps de décongélation ; décongélation au bain‑marie à ≤50 °C puis ramener progressivement à ≈40 °C — jamais micro‑ondes.
La pasteurisation douce (ex. 20 min à 63 °C) peut améliorer l’hygiène tout en conservant suffisamment d’IgG, mais attention aux températures et durées qui dénaturent les protéines.
L’hygiène doit couvrir toute la chaîne : mamelle propre, matériel de collecte et de distribution désinfectés, seaux et biberons propres, nettoyage rigoureux (rincer à l’eau tiède, détergent, eau chaude, rinçage), séchage et stockage propres.
Évitez l’eau chaude directe sur résidus de lait (formation de biofilms). Attribuez si possible un seau dédié par veau et remplacez les seaux/sondes dès l’apparition de rayures. En robotique, contrôlez et nettoyez les organes de collecte. Dévissez et trempez régulièrement tétines et embouts dans une solution désinfectante.
Pour contrôler le succès du transfert d’immunité, mesurer les IgG sériques (prélèvement entre 2–3 jours recommandé ; si impossibilité, jusqu’à 7 jours). Valeurs seuils pratiques : ≈15 g/L sériques (ou valeurs de réfractomètre adaptées au plasma/sérum).
Conduite des mères en période sèche : nutrition protéique et énergétique, minéraux, vitamines et contrôle du parasitisme influencent qualité et volume du colostrum. La durée de tarissement influe sur le volume ; la vaccination des mères (rotavirus, coronavirus, E. coli, etc.) augmente les Ig spécifiques.
Collecte et administration du colostrum
Collecter le colostrum précocement : la concentration chute fortement entre la première et la troisième traite (≈ −25 % à 12 h, −50 % à 24 h). Distribuez le premier repas issu de la première traite pour maximiser la qualité. Si colostrum insuffisant, recourir à une banque de colostrum de qualité mesurée.
Sur la pratique d’administration : privilégier le seau/biberon avec tétine (physiologie de la succion, satiété). La sonde gastrique reste une option si le veau refuse de boire ; l’acte est peu douloureux et préférable à l’absence d’immunité.
Après un premier repas de 3-4 L, proposer un second apport de 1-2 L après 12 h si le veau le tolère.

Effets prolongés du colostrum et du lait de transition
Distribuer du lait de transition/colostrum prolongé jusqu’à 5 jours améliore le développement intestinal (microvillosités), favorise la croissance et réduit les troubles sanitaires.
Pour la conservation prolongée du lait de transition, on peut utiliser des conservateurs chimiques selon les recommandations fabricants ou la congélation. Points clés résumés pour l’éleveur :
- préparer une aire de vêlage propre et dédiée ;
- formaliser un protocole écrit de vêlage et de soins néonatals ;
- collecter le colostrum de la première traite et le mesurer (réfractomètre) ;
- administrer 3–4 L dans les 2 heures si possible, répéter 12 h après 2 L si toléré ;
- conserver/recongeler correctement le colostrum de réserve (sachets/glacons) et décongeler doucement ;
- respecter une hygiène rigoureuse du biberonnage et du matériel ;
- contrôler le transfert d’immunité (prélèvements 2–3 jours) sur un échantillon représentatif ;
- soigner l’alimentation et le statut sanitaire des mères en période sèche.
Ces pratiques de gestion du colostrum et d’hygiène sont la base pour sécuriser le pré‑sevrage et atteindre des objectifs de vêlage plus précoces, à condition que la croissance et le poids cibles (≈ 400 kg au vêlage si on cible un vêlage à 22 mois) soient atteints.
Elles contribuent également à la réduction des traitements et à l’amélioration de la performance future (production, reproduction, longévité).
Retrouvez les procédures modèles et supports techniques dans notre section médiathèque.
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