La dermatose nodulaire bovine contagieuse (DNC)

La dermatose nodulaire bovine contagieuse (DNC), ou Lumpy Skin Disease (LSD), est une maladie virale des bovins et buffles due au Lumpy Skin Disease Virus (LSDV), un capripoxvirus de la famille des Poxviridae.

Décrite pour la 1ère fois en Zambie en 1929, elle est longtemps restée cantonnée à l’Afrique subsaharienne. Depuis les années 2010, elle s’est étendue au Moyen-Orient, à l’Europe du Sud-Est, à l’Asie centrale et méridionale, et enfin à l’Asie du Sud-Est et au sud de la Chine, au point de devenir une menace transfrontalière majeure pour les filières laitières et viande.

Cliniquement, la DNC se manifeste par :

  • de la fièvre
  • un abattement marqué et une anorexie
  • suivis de nodules cutanés fermes disséminés
  • parfois compliqués d’œdèmes, de lésions nécrotiques, de lymphadénite, de boiterie et de mammites
  • des atteintes oculaires et respiratoires surviennent surtout en cas de surinfection bactérienne.

La morbidité varie selon l’immunité des troupeaux et la pression vectorielle (mais estimée entre 5 et 45%), tandis que la mortalité reste généralement faible (environ 10 %), mais peut augmenter chez les jeunes ou dans des populations naïves.

La transmission est principalement mécanique via des arthropodes hématophages (moustiques, taons, mouches piqueuses, certaines tiques), le virus étant excrété dans la salive, les sécrétions nasales, le lait et les croûtes cutanées; la transmission directe par contact semble limitée en l’absence de vecteurs, tandis que la contamination indirecte par fomites demeure possible.

Le diagnostic repose sur la clinique, confirmée par PCR en temps réel, complétée, selon le contexte, par isolement viral, sérologie et histopathologie.

L’impact sanitaire et économique est notable: baisses de production laitière souvent de 30 à 50 % en phase aiguë, amaigrissement, pertes reproductives, dépréciation des peaux, mortalité des veaux, coûts de soins et de vaccination, et restrictions commerciales.

Sur le plan épidémiologique, la DNC a été décrite en Afrique australe et orientale au milieu du XXe siècle, avant de s’étendre progressivement sur le continent. À partir de 2013–2015, sa diffusion s’est accélérée vers :

  • le Moyen-Orient
  • la Turquie et les Balkans
  • le Caucase
  • l’Asie centrale et du Sud
  • plus récemment l’Asie du Sud-Est et le sud de la Chine

Historiquement, les isolats de LSDV appartenaient à des lignées dites de terrain africaines relativement homogènes (notamment Neethling-like et KSGP-like, cluster 1.1 et 1.2).

Depuis la fin des années 2010, des souches recombinantes ont émergé en Eurasie, issues d’événements de recombinaison entre des génomes de vaccins vivants atténués (LSDV Neethling-like ou capripox apparentés) et des souches de terrain (cluster 2.5).

Cette recombinaison a été vraisemblablement favorisée par la co-circulation de virus vaccinal et de terrain dans des contextes de couverture vaccinale incomplète et de campagnes irrégulières, combinée à une forte pression vectorielle et à des mouvements transfrontaliers d’animaux.

Les facteurs environnementaux (irrigation, humidité, chaleur) accroissant les populations de vecteurs ont également contribué à l’expansion géographique. Les nouvelles lignées recombinantes conservent une transmissibilité et une virulence significatives, compliquant le contrôle et justifiant une surveillance génomique accrue.

Source : Breman, Floris C et al. “Lumpy Skin Disease Virus Genome Sequence Analysis: Putative Spatio-Temporal Epidemiology, Single Gene versus Whole Genome Phylogeny and Genomic Evolution.” Viruses vol. 15,7 1471. 28 Jun. 2023, doi:10.3390/v15071471
Source : Breman, Floris C et al. “Lumpy Skin Disease Virus Genome Sequence Analysis: Putative Spatio-Temporal Epidemiology, Single Gene versus Whole Genome Phylogeny and Genomic Evolution.” Viruses vol. 15,7 1471. 28 Jun. 2023, doi:10.3390/v15071471

Les mesures de lutte doivent être adaptées au statut sanitaire régional. Toutefois, il est établi, grâce à l’épizootie survenue dans les Balkans entre 2015 et 2017 qu’en régions indemnes ou à faible incidence, la priorité est la prévention de l’introduction et l’extinction rapide de tout foyer :

  • contrôles frontaliers
  • certification sanitaire
  • éventuelle vaccination préventive dans les zones frontalières à risque

En cas de foyer, zonage, restrictions de mouvements, nettoyage et désinfection, contrôle vectoriel renforcé et communication de crise.

Selon les politiques nationales et l’objectif d’éradication, l’abattage sanitaire des cas et des contacts à haut risque, avec indemnisation, peut être mobilisé, tandis que la vaccination d’urgence en anneau s’avère efficace pour casser la transmission à condition d’assurer traçabilité et délais post-vaccination.

Dans tous les contextes, la biosécurité de base – quarantaines à l’introduction, hygiène des matériels et véhicules, limitation des rassemblements – reste essentielle.

Les mouvements d’animaux doivent être encadrés notamment par des délais post-vaccination et des contrôles vétérinaires ; un contrôle vectoriel pragmatique (réduction des gîtes, insecticides/acaricides, barrières physiques, rentrée nocturne) complète la stratégie.

La surveillance, y compris génomique, permet d’ajuster les choix vaccinaux et de détecter l’émergence de nouvelles lignées.

En Europe du Sud-Est, les foyers des années 2015–2017 ont été maîtrisés grâce à des stratégies mises en place incluant la restriction des déplacements des animaux, l’abattage total ou partiel des cheptels infectés et des campagnes coordonnées de vaccination avec des vaccins LSDV atténués, entraînant une disparition de la circulation clinique dans l’UE des Balkans, même si un risque de réintroduction demeure aux frontières orientales.

Situation en Europe actuellement

En Europe, la loi de santé animale classe la dermatose nodulaire contagieuse bovine en maladie A , D et E

Classification des maladies animales selon la loi de Santé Animale Européenne

AMaladie normalement absente de l’Union européenne et soumise à éradication immédiate 
BMaladie devant être contrôlée par tous les Etats membres et soumise à éradication obligatoire 
CMaladie soumise à contrôle volontaire des Etats membres et donc à éradication volontaire 
DMaladie soumise à restriction de mouvements entre Etats membres
EMaladie soumise à surveillance

La DNC est apparue en Sardaigne en juin 2025 avec un total de 79 foyers déclarés sur l’ile. L’Italie continentale a déclaré sur la même période un seul cas, en Lombardie. Puis la maladie en apparue en France, le 29 juin 2025 puis en Espagne le 01/10/2025 avec 18 foyers déclaré dans la région de Gérone.

Situation en France actuellement

A la date de la rédaction de cet article, la France a connu 117 foyers depuis le 29 juin 2025 conduisant à la mise en place de 6 zones réglementées (ZR) dans l’Est (ZR1, 2, 4 et 5) et les Pyrénées (ZR 3 et 6) à la suite de l’apparition de cas en Espagne.

Ce zonage permet le maintien du statut indemne sur le reste du territoire français (ainsi que les exportations des bovins) et facilite la mise en place de la stratégie définie par l’Etat français pour répondre aux exigence de la classification A,D,E.

Une zone réglementée est susceptible d’évoluer en zone vaccinale (de type II) après 45 jours à compter du dernier dépeuplement de foyer dans cette zone, et si au moins 75 % du cheptel bovin y est vacciné depuis plus de 28 jours.

Cette évolution facilite notamment les mouvements de sortie des bovins de cette zone vers la zone indemne. De plus, pour limiter la propagation de la maladie dans les Pyrénées (et en Corse du fait de sa proximité avec la Sardaigne), l’Etat a étendu la vaccination au-delà des ZR 3 et 6, créant alors une zone vaccinale de type I.

Zones réglementées et vaccinales suite aux foyers DNC en France

Aujourd’hui, les ZR de l’Est de la France ont évolué en zone vaccinale de type II, permettant à nouveau l’exportation des bovins qui en sont issus vers les zones indemnes de France et vers 5 pays sous conditions sanitaires : l’Italie, la Suisse, l’Espagne, le Kosovo et l’Egypte.

Dans les Pyrénées, une partie de la ZR est également devenue zone vaccinale de type II début février 2026. Seule une petite partie de la zone en Pyrénées Orientale est maintenue en zone de protection (ZP7) du fait de sa proximité avec un foyer espagnol.

Enfin, suite au CNOPSAV du 9 février 2024, l’Etat a annoncé le maintien de la vaccination en 2026 pour les zones vaccinales.

En conclusion, la dermatose nodulaire contagieuse bovine est devenue désormais une menace émergente majeure pour les élevages français, à l’image de la fièvre catarrhale ovine et de la maladie hémorragique enzootique ou encore de la clavelée du mouton qui sévit actuellement dans les Balkans.

Son risque d’introduction et de diffusion ne cesse de croître sous l’effet des changements climatiques, de l’intensification des échanges d’animaux et de l’expansion géographique des insectes vecteurs.

Anticiper, détecter tôt et réagir vite seront les clés pour contenir cette maladie avant qu’elle ne s’installe durablement dans de nouvelles régions.

Références

  1. WOAH (OIE). Manual of Diagnostic Tests and Vaccines for Terrestrial Animals: Capripoxviruses. 2021–2024.
  2. Tulman ER et al. Genome of lumpy skin disease virus. Journal of Virology. 2001.
  3. FAO. Lumpy Skin Disease: A Field Manual for Veterinarians. 2017; FAO EMPRES-WAH updates 2016–2024.
  4. EFSA Panel on Animal Health and Welfare. Scientific opinion on Lumpy Skin Disease. EFSA Journal. 2018.
  5. WOAH WAHIS. Global Animal Disease Information System: LSD events 2015–2025.
  6. Coetzer JAW (ed.). Infectious Diseases of Livestock. 2nd ed. 2004. Chapter on capripoxviruses.
  7. WOAH. Technical factsheet: Lumpy Skin Disease. 2021.
  8. Tuppurainen ES, Oura CA. Lumpy skin disease: an emerging threat to Europe, the Middle East and Asia. Transboundary and Emerging Diseases. 2012.
  9. Tuppurainen ES et al. Mechanical transmission of lumpy skin disease virus by hematophagous insects. Parasites & Vectors. 2017.
  10. Babu A et al. Lumpy skin disease in India: diagnostics and molecular characterization. Veterinary Microbiology. 2023.
  11. Gari G et al. Evaluation of the economic impact of lumpy skin disease in Ethiopia. Preventive Veterinary Medicine. 2011.
  12. Weiss KE. Lumpy skin disease—historical review. Onderstepoort Journal of Veterinary Research. 1968.
  13. FAO/WOAH regional situation reports on LSD spread to Middle East, Balkans and Asia. 2016–2024.
  14. Gelaye E et al. Capripoxvirus diversity and phylogeny. Virology Journal. 2015.
  15. Kononov AV et al. Evidence of recombination in lumpy skin disease virus strains in Russia. Archives of Virology. 2019.
  16. Sprygin A et al. Emergence of vaccine-derived recombinant LSDV in Eurasia. Transboundary and Emerging Diseases. 2020.
  17. Chen N et al. Detection and characterization of recombinant LSDV in China. Transboundary and Emerging Diseases. 2023.
  18. FAO/WOAH. Guidelines for the control of Lumpy Skin Disease. 2017–2021.
  19. Carpenter S et al. Vector ecology, climate and vector-borne disease risk. Journal of Applied Ecology. 2019.
  20. WOAH. Guidance on genomic surveillance for transboundary animal diseases. 2024.
  21. European Commission. LSD management and contingency plans in the EU (Balkans). 2017–2020.
  22. Arjkumporn W et al. Molecular epidemiology of LSDV in Southeast Asia. Transboundary and Emerging Diseases. 2023.
  23. WOAH WAHIS/FAO EMPRES-i. South Asia and Southeast Asia LSD situation updates. 2019–2024.
  24. WOAH Terrestrial Animal Health Code. Chapter on LSD and disease control measures. 2024.
  25. https://agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-des-bovins-dnc-point-de-situation
  26. https://www.plateforme-esa.fr/fr/bulletin-hebdomadaire-de-veille-sanitaire-internationale-du-27-01-2026

GP-FR-NON-260200072

Découvrez notre page Facebook

Plus de 12 000 éleveurs nous ont déjà rejoints. Pourquoi pas vous ?

Notre page Facebook vous fournit régulièrement des contenus de qualité pour améliorer la performance et l’hygiène de votre troupeau, le confort de l’éleveur.

Il suffit d’un clic ci-dessous pour rejoindre la communauté :

Découvrez notre newsletter

Vous êtes éleveur/se, technicien/ne ou ASV ? Inscrivez-vous à notre Newsletter et découvrez notre bibliothèque d’anciennes éditions.