Vêlage précoce : mettre tous les atouts de son côté en pré-sevrage pour y parvenir (2/2)
Bienvenue dans ce webinaire consacré à la santé des génisses et au vêlage précoce. Je suis René Fournier, vétérinaire chez MSD Santé Animale, Responsable filière bovins lait.
Cette session poursuit la série : après les avantages du vêlage précoce et la première partie sur la gestion du colostrum, nous abordons aujourd’hui le logement, l’alimentation, la prévention sanitaire et le sevrage.
Logement et environnement des jeunes génisses
Le logement doit être sec, propre, confortable et facile à nettoyer. Plusieurs systèmes conviennent (cases individuelles, niches, enclos).

Le « pair‑housing » (logement par 2–3 veaux du même âge) est de plus en plus préconisé : il favorise la socialisation, l’émulation alimentaire, une meilleure croissance et une meilleure résistance au stress du sevrage.
Respectez un écart d’âge maximum de 7–10 jours entre compagnons, nettoyez et désinfectez la niche à chaque changement et prévoyez au minimum 1,5 m² par animal (idéalement 2–2,5 m²).

À partir de 2–3 semaines, les enclos collectifs peuvent être utilisés (≈2,5 m²/veau, jusqu’à 8 veaux par enclos selon l’équipement).
Paillage, hygiène et circulation des jus
Un paillage régulier et sec améliore la propreté et le confort thermique.
Le « score d’encrassement » des pattes (pattes couvertes quand le veau est couché) est corrélé au risque sanitaire : plus le paillage protège, moins il y a de maladies respiratoires.
Prévoyez évacuation des jus (pente, rigoles) ou sols surélevés pour limiter l’humidité.
Ventilation et qualité de l’air
La ventilation est cruciale : assainir et assécher l’air pour réduire aérosols et poussières et éliminer ammoniac et gaz. La configuration optimale dépend du bâtiment (orientation, topographie) ; faites appel à un spécialiste si besoin.
Ne devez pas sentir l’ammoniac au niveau des veaux (seuil indicatif ≈ 5 ppm). Évitez les courants d’air directs au niveau de la zone couchage.
Confort thermique et luminosité
Température recommandée pour nouveau‑nés : environ 15–25 °C. En hiver, utilisez lampes chauffantes ou manteaux pour réduire les besoins énergétiques et économiser sur l’alimentation.
La luminosité minimale conseillée ≈ 200 lux.
Nettoyage et désinfection des cases
Procédure recommandée : curage mécanique (enlever fumier), pré‑trempage/détergent, rinçage, séchage, puis désinfection. Évitez les jets haute pression qui dispersent agents infectieux.
Automatisez le nettoyage si possible. Conservez si possible un seau dédié par veau pour limiter la contamination croisée.

Allaitement : lait de mère vs poudre reconstituée
Le lait de la mère peut être utilisé mais sa composition est variable (sélection laitière a modifié taux et micro‑éléments). La poudre reconstituée offre une formulation stable et adaptée aux besoins du veau.
Si vous utilisez du lait de tank, veillez à la chaîne d’hygiène, à l’absence de résidus d’antibiotiques et au respect des températures.

Lait de transition et durée recommandée
Conserver une période de lait de transition 5–7 jours apporte encore des Ig et facteurs de croissance bénéfiques pour le développement intestinal et la croissance.
Évitez d’utiliser des laits non commercialisables contenant des résidus d’antibiotiques ; cela favorise l’émergence de résistances et des problèmes microbiens.
Composition et volumes pour soutenir la croissance
Pour viser un vêlage précoce, l’objectif de croissance en pré‑sevrage est élevé (~1 000 g/jour).
Les poudres doivent contenir en général 24–25 % de protéines brutes pour soutenir cet objectif. Les protéines d’origine laitière (lait écrémé, lactosérum de qualité) favorisent la formation du caillé, bénéfique pour la digestion.
Respectez les recommandations fabricant pour la dilution (ex. ~150 g/L), la température finale (~40 °C) et l’hygiène de préparation.
Programmes d’allaitement pratiques
Premier repas : 3–4 L (4 L conseillé si possible), puis montée rapide vers ~8 L/jour répartis en 2 repas. Certains systèmes (hygiènes parfaites) montent davantage sans problème.
Progresser ensuite vers le sevrage par paliers (réduction progressive du volume) ; éviter changements simultanés (aliment sec, logement) pour limiter le stress.

Hygiène du lait et diarrhées
La diarrhée est le plus souvent d’origine hygiénique plutôt que volumétrique : le risque est lié à la contamination du lait et du matériel.
Assurez‑vous que le matériel (biberons, tétines, seaux) est parfaitement nettoyé et désinfecté ; évitez biofilms (ne pas verser eau très chaude sur des restes de lait).
Favoriser la tétée en position haute (tétine, biberon) pour un bon fonctionnement du réflexe de fermeture du canal œsophagien et assurer le passage du lait vers la caillette.
Eau, aliment sec et transition ruminant
Fournir de l’eau dès les premiers jours ; eau et consommation lactée se complètent. Pour être prêt au sevrage, viser une consommation d’aliment sec ≥ 2–2,5 kg/jour. L’aliment sec doit être appétent, apporter énergie (préférer maïs), protéines (≈18–20 %) et suffisamment de fibres pour limiter l’acidose. Renouvelez l’aliment frais quotidiennement.
Prévention sanitaire et vaccination
Diarrhées : vaccination maternelle en fin de gestation (transfert d’immunité passive via colostrum) est la stratégie clé, car l’immunisation directe des veaux est souvent trop tardive.
Respiratoire : vaccins intranasaux permettent une protection rapide des veaux. Pour d’autres risques (ombilicales, septicémies, parasitoses), adaptez la stratégie avec votre vétérinaire selon le contexte local.

Biosécurité et flux d’intervention
Limiter introductions et visites, prévoir bottes d’exploitation pour intervenants, éviter partage d’air entre jeunes veaux et animaux plus âgés, soigner d’abord animaux sains puis malades.
Séparer les classes d’âge réduit les risques de transmission.
Suivi de la croissance et outils de mesure
Mesurer est indispensable : pesées régulières (naissance, sevrage, 2 mois, 6 mois). Repères indicatifs : 2 mois ≈ 100 kg, 6 mois > 200 kg, cible ≈ 400 kg autour de 13–14 mois pour viser un vêlage à 22–24 mois.
Sans bascule, utiliser ruban thoracique (tour thoracique : Holstein ≈ 100 cm à 2 mois, 135 cm à 6 mois, 170 cm au sevrage/repro) en adaptant à la race.
Critères pour décider du sevrage
Évitez de vous baser uniquement sur l’âge. Préférez des critères fonctionnels : consommation d’aliment sec (≥2–2,5 kg/jour), indicateurs biologiques (β‑hydroxybutyrate) ou suivi de la rumination (capteurs oreille : 150–300 min/jour au moment du sevrage).
Le sevrage doit être progressif, sans autres changements simultanés.
Points de contrôle pratiques (résumés)
• Colostrum : qualité mesurée (Brix ≥ 23 % ≈ ≥50 g IgG/L).
• Transfert d’immunité : test sérique entre 2–5 jours pour vérifier IgG sériques (seuil protecteur ≈ 15 g/L).
• Hygiène du lait : matériel propre, absence de biofilm, températures respectées.
• Alimentation : poudre adaptée (24–25 % protéines si objectif vêlage précoce), dilution et température correctes.
• Logement : paillage sec, ventilation adaptée, surface min. 1,5–2 m²/veau, nettoyage régulier.
• Suivi : pesées régulières, ruban thoracique si pas de bascule, monitoring rumination si disponible.
Conclusion – trois messages clés
- Les génisses sont vos futures vaches laitières : soignez‑les comme des investissements productifs.
- La réussite du vêlage précoce dépend d’une gestion rigoureuse du pré‑sevrage : colostrum, hygiène, alimentation, logement et suivi de la croissance.
- Ces pratiques améliorent la croissance, la reproduction, la longévité productive et réduisent les risques sanitaires.

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