Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) : le climat change et les insectes n’ont pas de frontières

Plusieurs cas cliniques de Fièvre catarrhale ovine-sérotype 8 (FCO-8) sont apparus chez des bovins et des ovins depuis août 2023 au sud du Massif central.

Initialement localisée à quelques communes, la maladie s’est propagée en quelques semaines. En l’absence de programme de lutte en France, la FCO circule librement depuis sa réémergence en 2015.

De quoi s’agit-il exactement ?

La Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) est une maladie virale qui affecte principalement les ruminants, tels que les moutons, les chèvres et les bovins. Elle est causée par le virus de la FCO, qui est transmis par des insectes ‘’vecteurs’, principalement des moucherons.

En effet, la FCO est une maladie virale non contagieuse, c’est-à-dire qu’elle ne se transmet pas d’un animal à un autre. Elle est nécessairement transmise aux animaux par l’intermédiaire d’insectes piqueurs de l’espèce Culicoides (petits moucherons).

Dans le bassin méditerranéen, Culicoides imicola est le vecteur principal, tandis qu’en Europe centrale et en Europe du Nord, les vecteurs potentiels sont essentiellement Culicoides obsoletus, dewulfi et pulicaris (Mellor, 1990).

Il existe 24 sérotypes (souches) différents du virus de la FCO, chacun ayant une virulence et une répartition propres.

Depuis quand existe-elle ?

La FCO existe depuis longtemps en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et en Europe.

Décrite pour la première fois en 1881 en Afrique du Sud, elle a migré à partir de 1940 en Afrique centrale, dans le bassin méditerranéen (Israël, Turquie, Syrie, Oman, Arabie Saoudite), en Asie (Inde, Chine, Pakistan, Japon, Indonésie, Inde, Malaisie), en Amérique (Nord, centrale et du Sud) et en Australie.

L’infection s’est plus récemment étendue en Europe. En France, la première épidémie de FCO a été détectée en octobre 2007. Depuis lors, plusieurs épisodes ont été signalés, avec différentes souches du virus.

Le lien entre le réchauffement climatique et l’augmentation de l’activité du vecteur Culicoides imicola est fortement suspecté. Des biotopes favorables à l’installation de cet insecte vecteur sont identifiés dans toute l’Europe du Sud et notamment dans le sud de la France (Tatem et al., 2003).

Quelles sont les espèces touchées ?

Tous les ruminants sont sensibles à la maladie. Mais l’espèce la plus touchée par la FCO est l’espèce ovine, qui y est très sensible.

Une forme clinique de la maladie est le plus souvent observée chez les moutons et, suivant le sérotype, chez les bovins.

Les races de moutons à laine fine, telles que les mérinos, sont particulièrement sensibles à la maladie qui peut être associée à une mortalité élevée.

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes de la FCO varient en fonction de la souche du virus et de l’espèce touchée. Chez les ovins, après une période d’incubation de 2 à 6 jours (max 18 jours), on observe le plus souvent :

  • De la fièvre (pouvant atteindre 42°C) et de l’abattement.
  • Une diminution de l’appétit (pendant 4 à 8 jours) et de la production laitière
  • De l’œdème et de la congestion : inflammation des muqueuses, des yeux, ulcères dans la bouche, gonflements au niveau de la tête, des membres (espaces interdigités), de la mamelle et des trayons.
  • Des complications pulmonaires ou digestives possibles.
  • Des avortements, parfois (Zientara, 2000).

Quels sont les moyens de lutte ?

Du fait de son impact économique potentiellement fort pour les élevages, la maladie est inscrite sur la liste des maladies à incidence majeure de l’Office international des épizooties (OIE).

Les mesures de lutte reposent sur la vaccination des bovins et le traitement insecticide des animaux contre l’insecte vecteur. Par ailleurs, les analyses sanguines sont utiles pour détecter les animaux positifs et éviter la propagation de la FCO.

  • La vaccination permet de protéger son cheptel, ainsi que les animaux à proximité (élevages voisins, rassemblements collectifs) et les cheptels introduisant des animaux. En cas de foyer déclaré il est ainsi recommandé de vacciner en priorité les animaux situés dans la zone atteinte et dans les départements limitrophes (suite au contact du vétérinaire).
    Différents vaccins sont disponibles. Généralement, il faut compter 6 semaines (42 jours) entre la première injection de primo-vaccination et la mise en place de l’immunité complète. Dans le cadre d’un plan de lutte, la vaccination contre la FCO doit être réalisée/certifiée par un vétérinaire.
  • Le traitement insecticide des animaux est fortement recommandé dès la fin de l’hiver, même hors suspicion de circulation du virus. Son application doit suivre les bonnes pratiques suivantes :
    – Respecter scrupuleusement les doses.
    – Traiter tous les animaux de l’élevage.
    – Renouveler l’application régulièrement.
    – Respecter les précautions d’emploi du produit.
    En cas d’usage d’un pour-on :
    – Bien répartir l’insecticide sur le dos.
    – Appliquer en 2 lignes sur les races à viande (dos large).
    – Appliquer au plus près de la peau chez les ovins : « ouvrir la laine ».
    En cas d’usage d’une solution à pulvériser :
    – Appliquer sur tout le corps de la tête aux pieds.
    – Tremper l’animal.
Zone d'application de l'insecticide

En matière de lutte contre les insectes vecteurs de la FCO, ce sont les molécules de la famille des pyréthrinoïdes qui sont recommandées. La deltaméthrine en fait partie. Cependant les médicaments disponibles pour les espèces ovines et bovines n’ont pas d’indications contre Culicoides dans leur AMM. La prescription doit alors se faire selon des règles précises par votre vétérinaire traitant.

Bibliographie

  1. ANSES. Fièvre Catarrhale Ovine : signes cliniques, 2023.
  2. Elbers A. et al. Field observations during the Bluetongue serotype 8 epidemic in 2006: II. Morbidity and mortality rate, case fatality and clinical recovery in sheep and cattle in the Netherlands. Preventive Veterinary Medecine, 2008.
  3. GDS France, ANSES. Note d’information FCO n ° 1 – version 1 – 06/09/2023
  4. Mellor PS. The replication of bluetongue virus in Culicoides vectors. Current topics in microbiology and immunology, 1990.
  5. Tatem AJ. Et al. Prediction of bluetongue vector distribution in Europe and north Africa using satellite imagery. Veterinary Microbiology, 2003.
  6. Zientara S. et al. Novel bluetongue virus in goats, Corsica, France, 2014. Emerging infectious disease, 2000.

GP-FR-NON-231000026

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