Nouvelles données et applications pratiques pour la santé respiratoire des jeunes bovins

Introduction par Thibaut Jozan (MSD Santé Animale) – webinaire « Ruminants et Santé ».

Aujourd’hui, nous évoquons les nouvelles données et applications pratiques pour la santé respiratoire des jeunes bovins.

Ce webinaire s’adresse aux vétérinaires, techniciens et éleveurs. Je suis Thibaut Jozan, vétérinaire technique chez MSD Santé Animale en charge de la gamme Maladies respiratoires.

Présentation du Dr Maud Rouault (chercheuse, IRIS) 

Maud Rouault est vétérinaire, enseignante et chercheuse. Elle a mené une thèse axée sur les maladies respiratoires des jeunes bovins en engraissement, les interactions entre agents, la consolidation pulmonaire, la détection par échographie et la réponse immunitaire à l’entrée en engraissement.

Elle a également étudié les biomarqueurs et les outils connectés.

Présentation de quelques études auprès d’éleveurs

Avant de commencer, je vous présente quelques données issues d’enquêtes réalisées par Adéquation auprès de 309 éleveurs laitiers et allaitants.

Pourquoi évoquer la situation en naissage ? Parce qu’il existe un lien important avec l’épidémiologie des maladies respiratoires et la prévention en atelier d’engraissement — nous y reviendrons.

Impact sanitaire

La respiration bovine est un thème important : 2/3 des éleveurs constatent au moins un épisode respiratoire par an (défini comme au moins trois veaux malades en moins d’une semaine).

Ces épisodes peuvent justifier des traitements collectifs et donc une utilisation importante d’antibiotiques ; d’où la nécessité d’améliorer la prévention chez les naisseurs et dans les ateliers d’engraissement.

Impact économique

Sur le plan économique, une étude datant de 2017 a estimé que si l’on pouvait prévenir à 100 % les maladies respiratoires, la filière française économiserait environ 95 millions d’euros pour les naisseurs et 12 millions côté engraisseurs (chiffres indicatifs liés aux effectifs et aux caractéristiques de chaque filière).

L’enquête Adéquation 2025 démontre que, parmi les 309 éleveurs interrogés, 59 % déclarent vacciner ; pourtant, deux tiers signalent un épisode respiratoire par an, ce qui interroge les pratiques de prévention et leur optimisation.

Environ un tiers des éleveurs utilisent la vaccination par voie intranasale, un tiers ont essayé des injectables et un tiers combinent intranasal et injectable. Cela pose des questions sur les protocoles et sur le spectre d’action des vaccins : quels virus et quelles bactéries sont réellement impliqués ?

Les principaux virus sont le virus respiratoire bovin (VRS), le parainfluenza 3 et le coronavirus bovin ; parmi les bactéries on retrouve Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida, Mycoplasma bovis et d’autres espèces. Les infections sont souvent mixtes (virus + bactéries), et la précocité de la vaccination (ou de l’immunité colostrale) est essentielle pour qu’un animal soit protégé avant exposition.

Contexte et prévalence 

Chez les veaux non sevrés, on note l’importance du coronavirus : plus de 30 % des veaux exposés au coronavirus dans certains contextes, et plus de 20 % exposés à d’autres agents.

Chez les veaux sevrés, deux agents dominent : environ 60 % d’exposition au coronavirus et plus de 30 % pour le VRS en engraissement. Cela souligne l’importance des virus (notamment coronavirus et VRS) en engraissement.

La prévention repose non seulement sur la vaccination mais aussi sur la conduite d’élevage : alimentation, biosécurité, logement, catégories d’animaux, etc. Des carences nutritionnelles en vitamines ou oligoéléments réduisent l’efficacité vaccinale.

Ces piliers de prévention sont interconnectés : si l’un manque, les autres peuvent ne pas suffire. La filière est engagée pour améliorer les pratiques, avec des publications et guides pour naisseur et engraisseur.

Préparation sanitaire et résultats variables 

La « préparation » des broutards (vaccination avant départ vers l’engraissement) a donné des résultats variables. Dans une étude, vacciner en amont a amélioré les performances et réduit l’impact de la maladie ; dans une autre étude, les résultats n’étaient pas probants.

Les raisons incluent les conditions d’hébergement lors de la préparation, la diversité des pathogènes impliqués, et les antécédents vaccinaux / infectieux des animaux.

Il est important d’identifier les agents en circulation : coronavirus et Pasteurella sont souvent détectés dans les voies respiratoires, parfois chez des animaux sains. La diversité des compétences immunitaires des jeunes bovins dépend de ce qui s’est passé chez le naisseur.

Méthodologie de l’étude (Dr Maud Rouault)

Nous avons réalisé une étude d’un an dans neuf élevages d’engraissement (Pays de la Loire, Bretagne) et suivi 221 jeunes bovins élevés en lots (10–12 animaux), majoritairement Charolais, au poids moyen d’environ 320 kg à l’arrivée. Les élevages présentaient des pratiques variées : certains vaccinaient de façon injectable (contre VRS, PI3, coronavirus, Mycoplasma), d’autres via une vaccination intranasale à l’arrivée, d’autres ne vaccinaient pas.

À l’arrivée nous avons examiné les trois lots : examen clinique, échographie, et écouvillon nasal sur une partie des animaux

 Puis, pour un lot choisi nous avons réalisé un suivi hebdomadaire pendant les 4 premières semaines : examen clinique, échographie systématique de tous les jeunes bovins du lot, écouvillons nasaux pour PCR sur les animaux malades, et mesure des réponses sérologiques (séroconversions) entre l’arrivée et la fin du premier mois.

Résultats synthétiques (Dr Maud Rouault)

  • 47 % des animaux ont été atteints au moins une fois selon la définition d’animal malade (température > 39,5 °C + au moins un signe clinique respiratoire ou altération de l’état général) ; 30 % malades une fois, 18 % malades de façon répétée. 
  • Environ 30 % des animaux ont été traités par l’éleveur. 
  • Les agents les plus fréquemment détectés (PCR et sérologie) étaient Mycoplasma bovis et le coronavirus, seuls ou en association. 
  • Les écouvillons nasaux sont faciles à réaliser sur le terrain mais ont des limites : présence de certains germes chez des animaux sains (commensaux) et courte durée d’excrétion pour certains virus (VRS ≈ 4 jours, coronavirus peut persister jusqu’à 19 jours). Ainsi la prévalence observée peut être influencée par le timing des prélèvements.

Echographie pulmonaire – observations et intérêt clinique 

L’échographie thoracique recherche des consolidations pulmonaires (zones sans réverbération A). Les images normales montrent une ligne hyperéchogène correspondant aux plèvres et des lignes A de réverbération ; la consolidation se traduit par une perte de ces lignes et des structures différentes (zones hyperéchogènes, signes d’inflammation bronchique).

Points majeurs : 

  • L’échographie est faisable sur jeunes bovins de race lourde (Charolais) à condition d’une contention adaptée. 
  • La présence d’une consolidation à l’échographie augmente la probabilité de détection de plusieurs agents pathogènes chez l’animal (8× plus de chances de trouver des agents, souvent associant bactéries et virus). 
  • Nous avons identifié un seuil de surface échographique au‑delà duquel la probabilité d’une implication bactérienne est élevée — information utile pour décider du recours aux antibiotiques et pour sélectionner les animaux à prélever pour culture et antibiogramme. 
  • Toutefois, la sensibilité de l’échographie n’est pas suffisante pour exclure une infection bactérienne si la lésion est en dessous de ce seuil ; il faut donc combiner l’échographie avec d’autres tests pour améliorer la sensibilité.

Analyse au niveau du lot et implications pratiques

Une analyse en composantes principales des lots a permis d’identifier plusieurs profils : lots sans lésions et peu de circulation d’agents ; lots avec lésions sévères et circulation multiple d’agents (VRS, Mycoplasma, PI3) ; lots avec lésions modérées et infections virales.

À l’échelle du lot, l’échographie pourrait donc être utilisée comme critère déclencheur pour des interventions (par ex. traitement ciblé à l’échelle du lot) en complément de l’examen clinique.

Réponse immunitaire et biomarqueurs

Nous avons mesuré des cytokines et autres biomarqueurs chez animaux malades et témoins.

Globalement, les concentrations de cytokines n’étaient pas systématiquement différentes entre malades et sains, peut‑être en raison du diagnostic clinique tardif et d’imperfections méthodologiques.

Néanmoins, certaines cytokines (par exemple IL-17?) et l’interféron gamma semblaient avoir un potentiel pronostique : des valeurs élevées le premier jour de maladie étaient associées à un plus grand risque d’être traité trois fois ou plus, ce qui est corrélé à un retard de croissance ou à l’échec du cycle d’engraissement.

Influence de la préparation sanitaire à l’entrée en engraissement 

Nous avons observé trois profils d’animaux :

  • sains (peu ou pas infectés, peu traités)
  • malades une fois (souvent vaccinés à l’arrivée, réponse immunitaire forte, guérison)
  • malades sévèrement (plusieurs traitements, souvent non vaccinés à l’arrivée, réponse immunitaire variable, tendance à la chronicité).

Ces résultats sont préliminaires (9 élevages, pratiques vaccinales hétérogènes) et demandent davantage de données, notamment sur la période pré‑engraissement.

Vers des règles de prédiction clinique et l’usage d’outils connectés 

L’équipe explore l’utilisation de règles de prédiction clinique (simples, combinant quelques variables cliniques et/ou examens complémentaires) pour diagnostiquer, pronostiquer et orienter la prise en charge – approche inspirée de la médecine humaine (triage en soins intensifs).

L’idée est de combiner des tests existants (échographie, biomarqueurs, capteurs) plutôt que d’attendre un test parfait. Des outils connectés (colliers mesurant activité, rumination, ingestion) ont été testés dans le cadre du projet Septime pour détecter des alertes de santé et fournir des recommandations continues aux éleveurs.

Discussion – échanges et questions pratiques 

Vaccination intranasale vs. injectable : la vaccination intranasale offre une mise en place d’immunité plus rapide que l’injectable et peut être utile en entrée d’engraissement quand l’injectable complet n’a pas eu le temps d’induire une protection. Toutefois, l’intranasal protège uniquement contre certains virus (ex. PI3, VRS, coronavirus) et ne couvre pas Mycoplasma bovis ; pour ce dernier, seul un protocole injectable complet prépare effectivement l’animal, idéalement avant la période à risque. 

Hétérogénéité des antécédents : les animaux arrivant à l’engraissement ont des historiques variables (antécédents vaccinaux, infections antérieures), d’où des réponses différentes à une même stratégie vaccinale. Cela explique les résultats parfois contradictoires des études terrains. 

Échographie et décision thérapeutique : l’échographie permet de confirmer une atteinte pulmonaire et d’identifier des cas qui pourraient être manqués cliniquement ; elle ne permet pas toujours de distinguer lésion active vs cicatrice, ni d’identifier avec certitude l’agent en cause. Néanmoins, au‑delà d’un certain seuil de consolidation, la probabilité d’une bactérie impliquée est élevée – ce critère peut justifier un traitement antibiotique ciblé pour l’animal concerné. 

Utilisation de l’échographie au niveau du lot : l’échographie peut aider à décider des interventions collectives (par ex. en complément du critère clinique usuel – 25 % d’animaux détectés malades le même jour). Elle permettrait de détecter des cas cliniquement sourds et d’augmenter la justesse des décisions de traitement collectif, réduisant potentiellement l’usage inutile d’antibiotiques. 

Prélèvements pour diagnostic étiologique : si l’objectif est d’identifier les virus initiaux (vaccination, surveillance), il est préférable de prélever des animaux en tout début d’infection, asymptomatiques ou juste symptomatiques, et sans consolidation importante à l’échographie (maximiser la chance de détecter virus à excrétion brève). Si l’objectif est d’isoler des bactéries (culture, antibiogramme) en cas d’échec thérapeutique, il est préférable de prélever des animaux présentant des lésions échographiques plus importantes.

Conclusions pratiques et recommandations 

L’échographie pulmonaire est un outil réalisable et utile en élevage d’engraissement pour détecter des consolidations et orienter le traitement individuel ou la stratégie au niveau du lot. Elle doit être intégrée avec l’examen clinique, la connaissance de la préparation sanitaire et des antécédents des animaux. 

Au‑delà d’un certain seuil de consolidation, la probabilité d’une infection bactérienne est élevée et peut justifier un traitement antibiotique et/ou une sélection d’animaux pour prélèvement et culture. 

La vaccination reste un pilier de prévention ; l’intranasal peut être utile pour une réponse rapide, l’injectable pour une protection plus large (notamment contre Mycoplasma bovis). Les protocoles doivent tenir compte des antécédents vaccinaux et infectieux des lots. 

Il est crucial de combiner plusieurs approches diagnostics (examen clinique, échographie, biomarqueurs, capteurs) pour améliorer le diagnostic précoce et le pronostic, et ainsi optimiser l’utilisation des antibiotiques.

Un grand merci au Docteur Maud Rouault pour sa présentation et ses réponses.

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