Témoignage de Cédric Demoulin, éleveur laitier

Je m’appelle Cédric Demoulin. Je suis installé sur la commune de Brias, dans le Pas-de-Calais, sur une exploitation de 170 hectares, avec un élevage laitier produisant environ 1,6 million de litres de lait par an.

Nous avons actuellement en moyenne 140 vaches à la traite, avec l’objectif de monter à 150 vaches pour optimiser le bâtiment et les installations. L’exploitation fonctionne avec deux associés, une salariée à temps plein et deux salariés à mi-temps, dont mon fils.

Je m’occupe quasiment intégralement de l’élevage, tandis que mon associé gère les cultures. Lucas est polyvalent entre élevage et cultures, et Laura s’occupe des veaux le matin ainsi que de la traite l’après-midi.

Les problèmes rencontrés dans l’élevage des veaux

Nous rencontrons actuellement quelques problèmes pulmonaires sur certains veaux, pas tous, mais trop souvent à mon goût.

Nous observons notamment des cas de bronches qui entraînent des problèmes de croissance. Pour le reste, la situation générale reste satisfaisante.

La gestion des veaux sur les premières semaines de vie

Les veaux naissent dans les cases des vaches taries, afin de limiter le stress. Après le vêlage, le veau est retiré assez rapidement, pesé, puis son cordon est désinfecté. Il est ensuite placé dans une case individuelle désinfectée et bien paillée.

Le colostrum est distribué rapidement : nous visons un apport dans les 4 à 5 heures maximum, avec quatre litres donnés à la sonde. Ensuite, le veau reçoit le lait de sa mère pendant trois à quatre jours avant de passer au lait en poudre, jusqu’à un maximum de deux fois quatre litres par jour.

Le veau reste en case individuelle jusqu’à six semaines, puis passe en case collective par petits lots, avec un écart d’âge d’une semaine ou deux maximum. Il reste ensuite en lot collectif au même endroit jusqu’à l’âge de six mois.

L’alimentation des veaux

Concernant l’alimentation des jeunes veaux, la phase lactée se fait avec du lait en poudre, c’est-à-dire du lait reconstitué, dès le quatrième jour.

L’alimentation monte progressivement de deux fois trois litres à deux fois quatre litres dès la deuxième semaine.

Ensuite, le veau reste sur deux fois quatre litres pendant trois semaines, avant de réduire dès la cinquième semaine le repas du soir afin de favoriser la consommation de concentré.

Tout cela s’accompagne d’une eau renouvelée tous les jours.

L’aliment concentré est adapté aux jeunes veaux : il s’agit d’un aliment de premier âge, floconné et très appétent, ce qui est vraiment ce que je recherche.

Les veaux restent en case individuelle jusqu’à six semaines et, même après leur passage en case collective, nous continuons à gérer au mieux la transition vers le deuxième aliment, qui est ensuite un aliment fibreux.

Gestion du colostrum

Dès qu’une vache vêle, nous n’hésitons pas à la traire dans la journée, peu importe l’heure. Si le délai entre la prochaine traite et le vêlage est trop long, nous faisons une nouvelle traite spécifiquement la vache afin de disposer le plus rapidement possible du colostrum à distribuer aux veaux.

Ce colostrum est conservé dans un pot spécifique, distinct de celui utilisé pour les vaches sous traitement antibiotique ou atteintes de mammite.

Chaque colostrum est mesuré au réfractomètre. Le veau reçoit quatre litres, et le reste, s’il est de bonne qualité, est conservé au congélateur. Si le colostrum est de qualité plus modeste, il est utilisé dans le lait de mélange destiné aux veaux plus âgés.

  • La qualité varie peu : nous sommes régulièrement à 22 pour les moins bons, et jusqu’à 30 pour les meilleurs, avec une moyenne autour de 25 à 26.
  • La quantité varie également selon la qualité : lorsque le taux est très élevé, autour de 30, la quantité est souvent plus faible, en général parce que l’intervalle entre le vêlage et la traite a été court.

La distribution prolongée du colostrum

L’excédent de colostrum est stocké au congélateur, en petits glaçons pour faciliter une décongélation rapide au moment de l’utilisation.

Les bons colostrums de première traite, de très bonne qualité, sont rangés dans un tiroir ou un niveau spécifique du congélateur, à part du lait de deuxième ou troisième traite, destiné à des veaux plus âgés.

Le lait de deuxième traite est réservé aux veaux âgés de deux jours et plus. Pendant les deux premières semaines, l’objectif est de distribuer deux cubes, soit 250 ml, par buvée, à chaque veau.

Protocoles de nettoyage et désinfection

Je porte aussi beaucoup d’importance à l’hygiène des cases individuelles : chaque case doit être correctement nettoyée et désinfectée entre chaque veau.

Lorsqu’un veau sort de sa case individuelle pour passer en case collective, la case est curée, on enlève le fumier puis elle est nettoyée au nettoyeur haute pression. Le lendemain, elle est désinfectée et reste vide pendant un minimum de trois semaines.

Concernant le matériel, il est nettoyé systématiquement après chaque buvée, matin et soir. Le matériel de distribution du colostrum est rincé à l’eau froide puis à l’eau chaude, avant de passer au bac de lavage avec les produits de lessive afin qu’il soit bien désinfecté.

Les seaux et le chariot à lait sont systématiquement rincés, nettoyés et dégraissés à l’eau chaude avec une brosse. Tout le matériel doit ensuite être positionné pour s’égoutter correctement.

La préparation des mères

Les génisses arrivent en préparation vêlage pendant la même durée que le tarissement d’une vache, c’est-à-dire deux mois avant la date prévue du vêlage.

Elles restent sur une ration à base d’ensilage de maïs et de beaucoup de paille, avec un taux de protéines assez élevé, puis passent en case de préparation vêlage avec une acidification trois semaines avant le vêlage.

Programme de prévention pour les veaux

Pour pallier les problèmes respiratoires, un protocole vaccinal a été mis en place : un vaccin intranasal à la naissance puis, à la mise en lot des veaux à six semaines, un traitement antibiotique la semaine suivante.

La prévention est pour moi quelque chose de très important, surtout depuis que je travaille avec de la main-d’œuvre salariée.

On n’aime pas les imprévus. La prévention nous permet de cadrer les choses et de les programmer à date fixe, ou presque, ce qui évite les déconvenues liées à un veau malade, l’appel au vétérinaire et la demi-journée passée autour de lui. C’est aussi une vraie gestion du temps.

Le service de suivi des veaux par le vétérinaire

Nous avons commencé avec mon vétérinaire par des échographies sur les vaches, d’abord pour contrôler les gestations. Puis au fil du temps nous avons identifié d’autres pistes d’améliorations, notamment la réduction des réformes pour améliorer la fécondité.

À partir de là, nous avons mis en place un suivi repro plus développé, avec désormais une fouille des vaches après le vêlage pour repérer les problèmes de métrites plus précocement et les soigner plus tôt.

Nous contrôlons également le pH urinaire des vaches au tarissement en préparation vêlage, ainsi que le bêta-hydroxybutyrate après vêlage pour détecter plus rapidement l’acétonémie et limiter ses impacts négatifs.

Mon vétérinaire m’a ensuite proposé un suivi plus complet, incluant aussi le suivi des veaux.

Ce qui m’a beaucoup plu dès le départ, c’est que chaque rendez-vous est fixé à l’avance, à date fixe. On ne reporte pas au lendemain : c’est ce jour-là, tous les quinze jours.

La vétérinaire réalise une prise de sang sur les veaux âgés de 3 à 7 jours afin de contrôler le bon transfert colostral. Grâce à ce suivi, nous contrôlons aussi la croissance des veaux, ce qui nous permet d’être réactifs en cas de dérapage.

Ce suivi nous permet de faire de la prévention, d’analyser avant que les problèmes n’apparaissent, et d’éviter d’avoir à soigner des veaux malades dans l’urgence, alors que nous avons déjà d’autres choses à faire.

Les objectifs pour les 5 prochaines années

ans les années à venir, la laiterie nous demande de produire un peu plus de lait. C’est un objectif auquel j’ai envie de répondre favorablement. Pour y arriver, je compte sur la participation de mon vétérinaire.

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