Gestion raisonnée du parasitisme chez la génisse en 1ère saison de pâturage : balance entre immunité et pression parasitaire

L’immunité antiparasitaire : un capital à construire

Avant leur première mise à l’herbe, les génisses sont naïves vis-à-vis des strongles digestifs (ce qui ne signifie pas qu’elles croient tout ce que les strongles leur disent, mais qu’elles ne savent pas se défendre contre eux !).

Schéma d’un cycle de strongles digestif (type Ostertagia) avec une période pré patente de 3 semaines. © MSD Santé Animale

L’enjeu est donc d’induire le développement d’une immunité durable sans impacter les performances de croissance en permettant des contacts réguliers mais maîtrisés avec les larves infestantes.

Il est nécessaire également de garder à l’esprit que cette immunité ne se met en place que pour les strongles digestifs et pas pour les strongles pulmonaires (Dictyocaulus viviparus).

Les nouvelles données montrent qu’un temps de contact effectif (TCE) cumulé d’au moins 8 mois avec les strongles digestifs est nécessaire pour obtenir une immunité considérée comme protectrice. Idéalement, ce TCE se construit au fur et à mesure des 2 premières saisons de pâturage.

Par exemple, une génisse mise à l’herbe à 14 mois et pâturant 7 mois la première saison, sous traitement rémanent et avec un mois de sécheresse, n’aura en réalité qu’environ 5 mois de TCE. Elle abordera donc sa deuxième saison de pâturage avec une immunité seulement partielle.

Pression parasitaire : des conséquences lourdes et durables

La dynamique d’infestation des parcelles de pâturage, représentée par les générations successives de larves L3 (G0, G1, G2, G3…), conditionne à la fois le niveau de risque clinique et l’impact zootechnique.

Après 2 à 3 mois d’exposition sur une même parcelle, les générations larvaires se succèdent sans rupture et la charge en larves infestantes devient élevée. Le risque d’impact sur les performances devient alors significatif. C’est la situation qu’il faut éviter !

En effet, les conséquences d’une pression parasitaire élevée sont multiples :

  • Sur la croissance : les études en première saison de pâturage mettent en évidence jusqu’à 39 kg d’écart de poids1 à la rentrée en bâtiment entre génisses fortement infestées et génisses non sur-infestées, sans traitement antiparasitaire sur la période.
  • Sur la reproduction : le démarrage des cycles sexuels est retardé chez les génisses infestées. Une acquisition précoce de l’immunité (avant 15 mois) améliore nettement la précocité de la mise à la reproduction. À l’inverse, une génisse sur-infestée peut voir sa mise à la reproduction retardée d’environ 16 semaines2.
  • Sur les futures performances laitières : l’impact des strongyloses digestives sur le développement du parenchyme mammaire a été objectivé. Les génisses soumises à une forte pression parasitaire prépubertaire présentent un développement mammaire diminué, compromettant leur carrière laitière2.

À l’échelle du troupeau, lorsque les génisses n’ont pas acquis une immunité suffisante (TCE < 8 mois), les vaches issues de ces lots présentent une moindre capacité à contrôler les strongles en lactation, ce qui peut impacter leurs performances laitières à hauteur de 2 L / jour et par vache3.

Trois recommandations pour une stratégie de gestion raisonnée

En accord votre vétérinaire, trois recommandations peuvent être faites pour une gestion raisonnée :

1 – Permettre des contacts réguliers mais sécurisés avec les strongles digestifs

Objectif : développer au plus tôt l’immunité antiparasitaire sans compromettre croissance et santé.

En pratique, cela implique de raisonner la conduite au pâturage (rotation, chargement, périodes de repos des parcelles) et l’usage raisonné des traitements, afin d’éviter à la fois l’absence de contacts (immunité insuffisante) et la sur-infestation (impactant les performances).

2 – Adapter la stratégie au statut immunitaire du troupeau

Objectif : maîtriser la dynamique d’infestation par une stratégie soit collective, soit sélective en fin de saison de pâturage, selon le risque parasitaire et le niveau d’immunité.

L’enjeu est de garantir la pleine expression du potentiel de croissance, de reproduction et de production des futures vaches, en évitant les pertes silencieuses de GMQ et les retards de puberté.

3 – Inscrire la lutte antiparasitaire dans une utilisation raisonnée des antiparasitaires

Objectif : concilier efficacité, durabilité et respect de l’environnement, en ligne avec les objectifs du plan Écoantibio 3. Les points clés à privilégier sont :

  • cibler les parasites concernés avec le bon spectre,
  • recourir au traitement sélectif quand c’est pertinent, en ne traitant que les animaux réellement infestés, notamment en fin de saison de pâturage,
  • alterner les familles lorsque des traitements ont déjà été réalisés en saison,
  • éviter les galéniques les plus à risque pour l’environnement (notamment les pour-on) lorsque des alternatives existent,
  • ajuster la dose au poids réel, au bon moment, pour limiter la sélection de résistances,
  • privilégier les molécules non PBT (non persistantes, non bioaccumulables, non toxiques).

Cette approche vise à préserver l’efficacité de l’arsenal thérapeutique, à prévenir l’émergence de résistances aux antiparasitaires et à limiter l’impact environnemental, tout en optimisant les performances de croissance et de reproduction.

Conclusion : réguler, plutôt qu’éradiquer

La gestion moderne des strongyloses gastro-intestinales chez la génisse ne vise plus l’éradication, mais la régulation raisonnée de la pression d’infestation.

Avec un TCE suffisant dès la 1ère mise à l’heure, tout en évitant une surcharge parasitaire, la génisse se contruit un capital immunitaire solide, gage de meilleures performances laitières, d’un âge au premier vêlage maîtrisé et d’un usage durable des antiparasitaires.

La clé réside dans une approche individualisée par élevage, basée sur l’évaluation du risque, l’observation clinique, les indicateurs de croissance et, lorsque c’est possible, le recours à des outils de suivi (coproscopies, sérologies, lait de tank) pour ajuster au mieux la stratégie de lutte.

Références bibliographiques

(1) : Journées 3R 2015 ‘’Gestion raisonnée des strongyloses gastrointestinales chez les génisses laitières en première saison de pâturage : utilisation d’indicateurs individuels ou de groupe en lien avec le GMQ’’
MERLIN A., CHAUVIN A., MADOUASSE A., FROGER S., BAREILLE N., CHARTIER C.

(2) Perri and all. Gastrointestinal parasite control during prepuberty improves mammary parenchyma development in Holstein heifers, Veterinary parasitology, vol. 198, no. 3-4, pp. 345-350- 2013

(3) RAVINET & al. Le niveau d’anticorps anti-Ostertagia dans le lait de tank (DO) à utiliser ou non? Le Nouveau Praticien Vétérinaire, Vol 7 n°29, P40-46, décembre 2014.

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